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Accueil / Ma démarche artistique


Pourquoi je peins ?

 

Tout simplement à cause de ma liberté et de mon désir d’exprimer une certaine beauté du corps féminin ; cette beauté qui n’est pas pure extériorité mais qui est aussi intérieure, la beauté du corps sensible et désirant.

Cependant cette beauté intérieure n’est pas en antinomie avec la beauté de l’apparence du corps, elle la prolonge, l’enrichie.

La beauté obscure est par définition invisible. C’est bien cet invisible que l’imagination picturale doit recréer pour que cette profondeur apparaisse. Il s’agit à mon sens de produire des images poétiques du corps qui ne peuvent être  vues que dans l’entre-deux du visible et de l’intelligible. Cet intervalle est la dimension iconique de la peinture.

Quand le tableau devient l’espace paradoxal de la représentation de la beauté intérieure et extérieure, il est à la fois trompe l’œil et « trompe l’esprit ». Par ce double illusionnisme, nous sommes en présence d’une beauté seconde. Le nu devient signe iconique.

      . En tant que peintre créer signifie tenter d'éclairer ce potentiel de vie qu'est la beauté, lui donner une présence, la rendre accessible.


               

                 "L'artiste ne crée pas pour s'exprimer ,

                         mais s'exprime pour créer "

                                  André Malraux

        

   

L’artisan du sensible

Evidement peindre un nu ne consiste pas seulement à brosser sur la toile la vue d’un corps. C’est une expérience plus intime, le moment d’une rencontre, un échange de souffles : celui du modèle qui m’inspire et mon propre souffle que j’expire sur la toile.

Le modèle offre sa peau à mon regard, la toile peinte est aussi une peau, une texture. La toile, la peau, la femme : un palimpseste sur lequel la couleur réécrit le vivant. Mais il me faut me détacher du modèle, m’évader de la réalité pour mieux me plonger dans ses secrets les plus profonds. C’est nécessairement joindre au réalisme de l’image peinte un imaginaire pour faire apparaitre ce qui reste caché au cœur du sensible.

En m’inspirant des Anciens (les byzantins, Cimabue, Masaccio, Léonard de Vinci…) je me suis attaché à la magie de la lumière, à une lumière paradoxale qui semble émaner du corps et en même temps venir d’une source lointaine, lumière tout à la fois interne et externe dont le foyer lumineux se fait sentir par son absence.

 

                                                                  La lumière dorée

    Cette lumière dorée qui remonte et scintille à la surface de la peau est comme l’éclat d’un lointain originaire et mythique. Ce lointain originaire
    est le sensible s’exprimant s
ous la forme d’une nudité rayonnante et forte en opposition à une nudité coupable et vulnérable.

    La nudité est une affirmation de la chair, de sa réalité sensible, elle s’étale sur la toile en s’offrant voluptueusement au regard.
    La plénitude du corps féminin donne à la peinture cette substantialité à laquelle elle ne pourrait prétendre (à mon sens) sans cette source
    d’inspiration. Le corps féminin est tout à la fois l
e sujet du tableau et le support capable de produire une pensée artistique, picturale.
 
                                                     Figures féminines

    Vues dans la lumière du passé leurs formes semblent presque palpables, charnelles et spirituelles, présentes et absentes,
    elles sont hors normes, hors catégories, libres.

    Ces femmes baroques en marge du réel habitent les territoires de l’être restés en friche, oubliés, aux
frontières de l’invisible.
    Entre réel et imaginaire, déesses sans nom leur territoire est le sensible.
    Magiciennes, elles font communiquer la nuit et le jour, l’intérieur et l’extérieur, par leurs métamorphoses, leurs jeux de masques.
    Elles nous désarçonnent.

    J’invente ces personnages parce que le nu est sensé faire ressentir non pas son propre intérieur individuel mais la profondeur énigmatique
    du sensible.Il me faut donc dépasser la simple représentation pour que l’imitation de l’apparence du corps, de sa beauté produise une
    visibilité autre, c’est-à-dire une visibilité qui ne s’arrête pas au visible mais ouvre sur l’invisibilité.

    Une visibilité ou l’invisible se présente comme une négativité qui structure le tableau.
    L’icône est l’image qui surpasse le visible, l’icône contient cette différence interne, cette dissemblance.

                                                                                                             L'influence italienne

L’influence italienne m’a fait découvrir les qualités iconiques de la peinture : l’idéalité de l’image picturale et son intimité avec l’invisible notamment. On pourrait se demander quel rapport il y a entre l’icône sacrée et le nu féminin profane ?
Justement il n’y en a pas, mais l’apparition iconique n’est pas seulement du domaine du religieux, elle est aussi du domaine de l’art. Tenter d’élever le Nu à l’apparition iconique concerne un tout autre invisible que celui du divin.
Il s’agit de voir dans le nu féminin l’expression de l’éternel inachevé des êtres humains (hommes et femmes), une expression de l’infini : éternel féminin qui revient toujours à la fois semblable et différent comme une ouverture à la vie, une parole d’amour inscrite sur la peau.

Finalement, j’essaie de produire une image pleine du corps visible avec son invisible, c’est-à-dire son intériorité, qui reste à recréer dans l’image incarnée, prégnante de ces corps de femmes aux formes pleines.

                                                                                              Comment réaliser cela en peinture ?

La lumière : Cette lumière oxymorique qui scintille à la surface du corps semble en même temps provenir de l’intérieur, filtrer tout en restant à distance, inaccessible et dans la profondeur du tableau car elle n’existe que dans les ombres qui la dévoilent et la voilent simultanément.

Lumière du mystère indissociable du jeu des ombres qui la révèlent, expression de quelque chose d’insituable, d’insaisissable. Et aussi comme je l’ai déjà dit plus avant lumière privée de son foyer originel, d’où le sentiment d’un manque, d’un vide.

 La figure et l'espace :   Le fond de la toile peut être abstrait ou figurer un paysage, mais plus que de produire un décor du corps, il s’agit de situer le Nu dans un lieu qui lui donne sens en retournant la perspective vers un espace intérieur, une évasion poétique en marge de la réalité (hors contexte social, hors époque) pour lui donner une dimension intemporelle.

Finalement de toile en toile, d’image féminine en image féminine c’est toujours la même vision intérieure que je tente d’exprimer, celle de la présence charnelle de son immédiateté naturel.

En faisant renaître cette lumière mythique qui laisse le sentiment nostalgique d’un paradis perdu, le spectateur du tableau est invité à retrouver dans ce moment de latence une certaine réceptivité, une accessibilité à la présence.

La force des femmes est de pouvoir exprimer dans leur corps une vision originelle de la vie,  potentiel caché, enfoui, ignoré, sensibilité active et créatrice porteuse de renouvellement.

Cette force est aussi leur beauté.

 

 

Pour conclure, je citerais, le philosophe Henri Bergson à propos de l’art :

« L’art n’a d’autre objet que d’écarter les symboles pratiquement inutiles,

les généralités conventionnellement et socialement acceptées,

enfin tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre en face avec la réalité même »